La présence à distance : une condition de réussite | PairForm - Blog
La présence à distance : une condition de réussite

La présence à distance : une condition de réussite

Présence à distanceLe titre de cet article peut surprendre. Il n’est absolument pas provocateur. Nous avons tous connu le cas d’un élève qui dormait durant une classe. Bien que physiquement présent, cet élève était absent cognitivement, socialement… Présentiel ne rime donc pas avec présence. De façon symétrique, on peut être physiquement à distance tout en étant bien présent dans la formation. Annie Jézégou a étudié cette notion lorsqu’elle menait ses recherches à l’Ecole des Mines Nantes (maintenant IMT Atlantique). Cet article présente une vulgarisation, dans le contexte du social learning, de quelques uns de ses résultats de recherche. Le lecteur qui souhaite en savoir plus, peut consulter les articles « Créer de la distance en e-learning » ou « La présence en e-learning : modèle théorique et perspectives pour la recherche » ainsi que ses autres publications.

L’étude menée, par la chercheuse, se place dans le contexte d’une formation à distance utilisant un outil numérique d’interactions verbales. Avec ce dernier, le langage du corps n’est pas perceptible par les participants. C’est à travers les échanges textuels qu’une présence émerge. Celle-ci peut ensuite favoriser la création d’une communauté d’apprentissage.

Définition de la présence

La présence résulte de l’interaction et de la collaboration entre tous les participants à la formation en utilisant un outil numérique de social learning. Trois types d’interactions sont identifiés :

  • des interactions sociales entre les apprenants lorsqu’ils comparent leurs idées et raisonnements, lorsqu’ils débattent et argumentent, lorsqu’ils convergent vers des positions communes ;
  • des interactions socio-affectives entre les apprenants dans l’objectif de développer et maintenir un climat bienveillant et serein. Ces échanges se font sur la base d’une relation symétrique, de pair à pair.
  • des interactions sociales-affectives créées par le formateur vers le groupe afin d’encourager les apprenants, de les faire progresser et de développer un environnent favorable aux apprentissages.

A chacun de ces types d’interactions correspond une dimension de la présence :

  • dimension socio-cognitive,
  • dimension socio-affective,
  • dimension pédagogique.

Présence socio-cognitive

Cette présence socio-cognitive est issue des interactions entre apprenants pour résoudre ensembles des problèmes communs. Les échanges permettent de co-construire et de collaborer à travers des confrontations d’idées, des désaccords, des oppositions avec d’autres points de vue, des conflits cognitifs, des remises en question. On parle aussi de collaboration contradictoire.

Cette présence a davantage d’impact sur les apprentissages issus d’échanges verbaux à distance et asynchrones. L’absence de temps réel dans les discussions permet :

  • une réflexion plus longue, facilitant une plus grande compréhension ;
  • une prise de distance, favorable à une évolution de ses représentations ;
  • une réflexivité sur ses apprentissages et méthodes de travail.

Présence socio-affective

Le climat socio-affectif de la formation a un impact significatif sur la collaboration. Un climat serein, le respect mutuel, l’absence d’agressivité, l’attention portée aux autres, l’empathie et les encouragements sont bénéfiques à une dynamique de dialogue. A l’inverse des attaques ou des tensions viennent freiner, voire arrêter, les échanges constructifs. L’apprentissage issu des conflits cognitifs est obtenu plus aisément dans le cadre de relations symétriques, d’égal à égal. La présence social-affective découle des interactions de pair à pair et de l’ambiance bienveillante. Cette présence favorise elle-même la présence socio-cognitive. N’oublions pas qu’une des raisons majeures d’abandon est le sentiment d’isolement de l’apprenant, qui ne perçoit pas de présence socio-affective.

Présence pédagogique

Pour de nombreux apprenants, la collaboration à distance n’est pas innée. Toutefois, elle s’apprend. Elle implique l’acquisition de capacités cognitives et méta-cognitives. Un des rôles du formateur est d’accompagner l’apprenant dans son apprentissage. Il coordonne le dispositif, il précise le cadre de travail et il cadence les diverses activités. A travers l’animation de la formation, il encourage les apprenants à échanger et à collaborer. Il s’assure d’un climat agréable en modérant et recadrant les réactions trop vives. Le formateur favorise les relations d’égal à égal. A cette fin, il peut adopter plusieurs stratégies :

  • inviter les participants à se découvrir mutuellement ;
  • montrer la variété des compétences nécessaires à l’accomplissement du problème traité ;
  • valoriser les compétences de chacun et la richesse de leurs contributions ;
  • organiser des temps d’analyse de la variété de perception des uns et des autres.

La présence pédagogique émane des actions du formateur auprès des apprenants. Cette présence alimente les présences socio-cognitive et socio-affective. Plus la présence pédagogique croit, plus les deux autres présences s’amplifient.

Conclusion

La combinaison des trois présences socio-cognitive, socio-affective et pédagogique constitue ce qu’on appelle la présence globale. Elle permet le développement de connaissances et des apprentissages tant chez l’individu qu’au niveau du groupe. Elle peut conduire à initier et développer une communauté d’apprentissage. Le formateur a donc tout intérêt à se préoccuper de la présence dans son dispositif exploitant du social learning. La compréhension des trois présences et de l’influence des unes sur les autres permet au formateur d’agir pour accroitre la présence, la dynamique du groupe et les apprentissages.

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